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Alimentation

L’alimentation du cheval de compétition

Temps de lecture : 19 minutes

 

Plusieurs facteurs entrent en compte pour déterminer le régime alimentaire dun cheval « athlète », celui à qui l’on demande un effort précis, soutenu et intense sur une durée déterminée et pour un objectif clairement défini. Apprécier la nature de l’effort fourni par le cheval reste l’un des critères essentiels pour réussir une bonne conduite de l’entraînement et atteindre les résultats escomptés. De même que pour les sportifs humains de haut niveau, il existe aujourd’hui des paramètres scientifiques pour mesurer l’aptitude physique d’un cheval face à l’effort. Il s’agit de la fréquence cardiaque pendant l’effort et la mesure de substances présentes dans le sang, les lactates, dont le taux témoigne de la récupération à l’effort et de la bonne forme du cheval .Il existe également des tapis roulants qui permettent de recréer un effort programmé et reproductible. Cette démarche médico-sportive devra être mise en place avec votre vétérinaire. Mais, en général, nous constatons que c’est davantage en fonction des différentes disciplines sportives que se fait une hiérarchisation de l’intensité de l’effort avec souvent des erreurs d’appréciation préjudiciables à la bonne conduite de l’entraînement et des résultats attendus. La diététique adaptée au cheval athlète a pour but d’optimiser la performance mais reste toujours dépendante des potentiels génétiques et de l’entraînement du cheval.

 

fille sur un cheval de profil en concours

Les 4 critères clés pour un cheval de compétition

Quatre maillons sont indispensables et étroitement liés. Ils forment une chaîne qui n’aura de résistance que grâce à la solidité de chacun d’entre eux et de faiblesse que par l’un de ces maillons, si celui-ci est négligé : ce sont la génétique, l’entraînement, l’alimentation et le suivi médical.

La génétique du cheval de compétition

Depuis très longtemps, l’homme a sélectionné les chevaux en fonction de ses objectifs et choix sportifs et ce après avoir constaté que tous les chevaux n’avaient pas les mêmes aptitudes physiques. Il a donc choisi certaines races précises de chevaux pour des disciplines sportives précises et a sans cesse essayé de les améliorer.

C’est pourquoi les Pur-Sang Anglais ou les Trotteurs se distinguent dans les courses de vitesse et les chevaux Arabes sont les vedettes des courses d’endurance.

En effet, ces chevaux bien différents ne possèdent pas les mêmes types de fibres musculaires. Leurs contractions sont plus ou moins rapides, leurs niveaux d’oxygénation (aérobie, anaérobie) et leurs modes de combustion des sucres (glucides) très différents. De plus, ces différents chevaux n’ont pas la même valorisation des aliments et il est important d’en tenir compte (variations possibles de : 20 à 25 %).

L’entraînement du cheval de compétition

le but de l’entraînement est d’extérioriser les capacités individuelles des chevaux par rapport à l’effort demandé. Cet entraînement est primordial, car il prépare le cheval en fonction d’un programme précis toujours en rapport avec un objectif précis. C’est tout l’art du métier d’entraîneur et de celui de cavalier de compétition.

Il est aussi important de prendre en compte les paramètres psychologiques, c’est-à-dire la préparation mentale du cheval et bien sûr celle du cavalier. Nous constatons de plus en plus que des grands cavaliers de C.S.O. par exemple, n’hésitent pas à sortir leurs chevaux de Grand Prix, après un travail en carrière, à l’extérieur, dans la campagne ou en forêt, pour un trotting ou au pas, ce qui est tout à fait bénéfique au moral du cheval. Très souvent, ce paramètre de confort mental des chevaux n’est pas réellement pris en considération et c’est hélas aux dépens des résultats souhaités.

L’alimentation du cheval de compétition

l’alimentation est le carburant indispensable au métabolisme du cheval. Les aliments seront choisis en fonction de critères propres tels que l’énergie définie par les unités fourragères cheval (U.L.C.), les matières azotées digestibles cheval (M.A.D.C.), la teneur en matière grasse, qui conditionne le niveau énergétique de l’aliment, et le pourcentage de cellulose, qui représente les constituants des parois cellulaires végétales, fibres indispensables à l’hygiène digestive. Les besoins en fibres sont de 15 à 18 % de la ration journalière totale (fourrages + aliments équilibrés) sans oublier les minéraux et les oligo- éléments. Ces mentions figurent sur les étiquettes et/ou sur les sacs des aliments équilibrés. Elles sont soumises à une réglementation très stricte, revue régulièrement et harmonisée à l’échelle européenne. Son application est vérifiée de façon permanente par la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Praudes. Il existe en Prance un club, le C.N.E.L, qui regroupe la majorité des grandes marques d’aliments pour chevaux qui se sont engagées à respecter une charte de qualité et un code de bonne conduite.

Le suivi médical du cheval de compétition

L’un des paramètres de succès sportif incontournables, comme nous l’avons mentionné au début, est le suivi médico-sportif effectué par le vétérinaire. Il permet d’établir les programmes de vermifugation, de prophylaxie (vaccins), de suivi des dents et de tests à l’effort qui donneront les chances maximales aux chevaux de réussir leur carrière sportive.

Une alimentation adaptée aux besoins spécifiques du cheval de compétition

 

Des disciplines comme l’endurance, le complet, les courses de galop, plat, steeple-chase et les courses de trot représentent des efforts que l’on doit considérer comme intenses.

En revanche, les épreuves de C.S.O. (concours de saut d’obstacles) ne sont pas des épreuves qui, par rapport à la durée dans le temps, doivent être considérées comme intenses pour un cheval de type Selle Français de 500 kilos.

 

Les besoins en alimentation du cheval de C.S.O. (jumping)

Tout d’abord, il convient de rappeler que le cheval est un herbivore monogastrique et que ses besoins en fibres sont importants pour que son transit digestif se fasse correctement, ce paramètre est essentielle pour choisir une nourriture adaptée.

Dans la nature, compte tenu de la faible capacité de son estomac (15 litres), le cheval passe environ 16 heures par jour à manger. De ce fait, pour le cheval de C.S.O. qui reste une grande partie de la journée au box, il est primordial d’offrir au minimum, par jour, 5 kg de fourrages du type foin de pré en complément des aliments équilibrés. Cet apport de fourrages lui sera bénéfique pour la mastication, donc la salivation et la relaxation mentale. Il sera aussi indispensable pour éviter coliques (spasmes intestinaux) et troubles digestifs. Il sera occupé 40 minutes par un kilo de foin et seulement 10 minutes par un kilo d’aliment concentré ! Une analyse du foin est utile pour en connaître sa réelle valeur.

La particularité des épreuves de C.S.O. est qu’elles sont intenses, mais aussi très rapides. Le cheval doit recevoir de l’énergie rapidement disponible et une supplémentation minérale et vitaminique apportée par des aliments équilibrés. Il faut aussi veiller à éviter toute exagération d’apport en protéines. Les fibres musculaires des chevaux de C.S.O. présentent des contractions très rapides favorables aux efforts de puissance et aux sprints longs. Il n’y a pas d’utilité à renforcer les rations en matière grasse comme en endurance ou en courses, car les épreuves sont courtes et les chevaux n’ont pas le temps d’utiliser le glycogène musculaire (carburant). Des aliments équilibrés à 2 ou 3 % de matière grasse végétale conviennent parfaitement.

Le niveau énergétique des aliments devra être compris entre 0,75 et 0,90 U.F.C. et le pourcentage total de protéines entre 11 et 12 % au kilo brut. Pour des chevaux sur litière de paille, la ration en plus du foin sera d’environ 5 à 7 kg d’aliments équilibrés.

L’apport total de matière sèche (matière organique + matière minérale + eau) sera de 11 à 12 kilos par jour. On sous-estime très souvent ce besoin en matière sèche, dont le déficit conduit à des coliques (spasmes intestinaux) sévères et à l’intervention du vétérinaire. C’est pourquoi, pour des chevaux sur litière artificielle, il faut augmenter la ration de foin pour que celle-ci soit à 7 kilos par jour. Nous obtenons ainsi : 7 kg de foin + 6 kg d’aliments = 13 kg de matière brute x 88 % de matière sèche = 11,44 kg de matière sèche. Cette ration journalière devra couvrir 7,5 à 8 U.F.C. pour des chevaux qui travaillent entre 1 h et 1 h 30 (16 500 kcal à 17 600 kcal en énergie nette).

Les apports journaliers en protéines doivent se situer entre 500 et 700 g de M.A.D.C. (matière azotée digestible cheval). Leurs qualités liées à leur composition en acides aminés (éléments de base des protéines) sont beaucoup plus importantes que leurs quantités. Les excès en protéines sont particulièrement préjudiciables à la santé du cheval. Ils entraînent des fermentations dans le gros intestin avec une surproduction d’ammoniac, d’amines et de toxines. Ces excès conduisent à un développement d’une flore pathogène (nocive) dans le gros intestin avec de nombreuses conséquences: entérotoxémie, problèmes de foie, amaigrissement, problèmes de reins, mauvaise récupération à l’effort, transpiration excessive, problèmes cutanés, coliques et four- bures (inflammation du tissu du pied).

Il conviendra d’éviter d’apporter toutes matières premières riches en protéines : soja, luzerne, pois, arachides … et de bien veiller à ne distribuer que des aliments pour chevaux, adaptés à la discipline sportive. D’une façon générale, l’aspect des crottins est un excellent témoin de la digestion pour tous les chevaux et il est important de les inspecter régulièrement. En effet, des crottins mous, foncés et malodorants témoigneront d’un excès de protéines dans la ration. Des crottins mous mais clairs seront le reflet d’un excès en amidon, donc de céréales.

Les besoins en minéraux et oligo-éléments sont normalement couverts par les aliments équilibrés. Il faut néanmoins veiller à ne pas distribuer d’une manière irrationnelle des compléments qui n’auront pour effet que le déséquilibre de la ration et le risque d’entraîner de graves problèmes de santé.

Les besoins en alimentation des chevaux d’endurance

Leurs besoins en fibres sont quelque peu différents des chevaux de C.S.O. Afin d’éviter les coliques de stase (ralentissement des crottins dans le tube digestif), il est préférable de limiter l’apport de foin à 3 à 5 kg par jour, lors d’un travail intense. Les besoins en protéines seront adaptés à leur poids, qui est en général plus faible (350 à 450 kg), soit 500 à 600 g de M.A.D.C. par jour.

Les aliments endurance doivent se situer aux environs de 13 % de protéines brutes par kilo brut. La transpiration durant l’effort contribuant à une perte de 10 g de protéines par litre de sueur, par temps chaud et humide, les chevaux peuvent perdre jusqu’à 8 % de leur poids en eau (30 à 40 litres). La grande différence de rationnement réside dans l’apport de matière grasse végétale, qui permet au cheval de disposer d’énergie concentrée indispensable. Cet apport d’énergie concentrée évitera de multiplier le nombre de repas et préservera d’une surcharge intestinale. Des procédés de fabrication tels que l’extrusion, l’expansion et le floconnage favorisent cette concentration de l’énergie en un faible volume.

Des aliments spécifiques pour l’endurance doivent contenir au minimum 7 % de matière grasse jusqu’à un maximum de 10 à 11 % par kilo brut. Cet apport de matière grasse est particulièrement recommandé pour les efforts de longue durée. Il fournit les acides gras essentiels que le cheval ne peut synthétiser et permet surtout d’économiser le glycogène hépatique (risque d’hypoglycémie) et musculaire (carburant du muscle) indispensable pour les efforts longs afin d’éviter les crampes et les fourbures.

L’apport en vitamines est indispensable au métabolisme des acides gras. Il sera renforcé dans les aliments équilibrés, notamment pour les vitamines A, D, K et surtout E. Aucune distribution supplémentaire anarchique ne doit être faite sans l’avis du vétérinaire et du technicien nutritionniste. Les minéraux comme le chlorure de sodium, le calcium et le magnésium seront renforcés par rapport au travail musculaire.

Avant les épreuves (3 à 4 semaines), il est indispensable de préparer le cheval d’endurance à sa ration en relation avec son entraînement. Un apport de 7,5 à 8 U.F.C. par jour est nécessaire. L’apport en oligo-éléments sera renforcé notamment pour le fer, le cuivre, le zinc, l’iode et le sélénium. Ceux-ci seront correctement dosés et apportés par l’aliment spécial endurance.

Une différence fondamentale par rapport aux chevaux de C.S.O. consiste à veiller à l’apport des électrolytes que sont le sodium, le potassium, le chlore, le calcium et le magnésium. Leurs pertes sont importantes au niveau de la sueur, surtout par temps chaud et humide (jusqu’à 8 % du poids du cheval). Un déficit entraînerait fatigue, crampes, tétanies, contractions musculaires involontaires et chutes d’appétit.

Certains aliments spécifiques proposent d’alimenter les chevaux avec de l’énergie concentrée tout en apportant des électrolytes. Cette démarche est intéressante, car les chevaux déshydratés ne boivent pas facilement et les électrolytes classiques se distribuent dans l’eau de boisson.

Le cheval de course court sur des distances de 1500 à 3000 mètres. Sur ces dis- tances proches d’un effort de sprint long, il faut des rations alimentaires qui permettent une nutrition spécifique des fibres à contraction rapide, utilisant donc davantage les sucres (céréales) remaniés et stockés par l’organisme sous forme de glycogène.(Royal Horse)

Les besoins des chevaux de courses et de complet

Particulièrement, les chevaux de course, sont en majorité alimentés avec des matières premières en l’état comme l’avoine et l’orge et des foins particulièrement riches en protéines.

Le poids de la tradition est important et les prises de conscience des contre-performances, du fait d’une alimentation déséquilibrée, sont encore peu répandues. Il est toutefois intéressant de noter que les performances en termes de vitesse n’ont pratiquement pas évolué depuis le début du siècle alors que, durant la même période, les performances humaines ont considérablement progressé.

Les paramètres qui, pour les athlètes humains, ont permis d’atteindre ces évolutions sont parfaitement identifiables : l’entraînement, la médecine et la nutrition. Pour les chevaux de courses, la génétique intervient en plus, force est de constater que le maillon le plus faible a été la nutrition, toujours basée sur l’avoine et l’orge. Nous constatons que beaucoup de compléments dits “nutritionnels” sont distribués d’une façon irrationnelle et, de ce fait, leur efficacité reste très aléatoire, sans parler des déséquilibres nutritionnels préjudiciables et du coût qu’ils occasionnent.

En effet, des apports inconsidérés de fer contribuent à accélérer “l’usure” de la vitamine E, essentielle à l’intégrité des cellules musculaire ; l’assimilation du zinc et du cuivre est perturbée, ce qui a pour effet de contrarier la production osseuse et celle de l’hémoglobine. À forte dose de fer, des lésions musculaires peuvent apparaître avec des dégénérescences hépatiques, le cheval n’ayant aucun moyen d’éliminer l’excès de fer. Des excès de vitamines K sont aussi très dangereux au niveau des reins. Par contre, le surdosage de la vitamine E n’aura pas d’effet sur les performances sportives pas plus que les excès en vitamines du groupe B.

Les courses et les épreuves de concours complet sont des efforts qui nécessitent, tout comme en endurance, des apports en matière grasse végétale. Ces apports, légèrement moins élevés que dans les formules des aliments pour l’endurance, doivent néanmoins se situer aux alentours de 6 à 7 % par kilo d’aliment brut. Ils permettront aux chevaux d’économiser le glycogène et d’éviter des lésions tendineuses ou osseuses, des crampes et un abaissement des aptitudes sportives.

De même que pour l’endurance, des aliments spécifiques aux chevaux de courses apporteront des niveaux renforcés, mais correctement dosés de certaines vitamines ( A, D, K, E, Bl, B2, B6, BC, B12 et choline) et oligo-éléments.

Les apports de minéraux tels que le chlorure de sodium, le calcium et le magnésium sont également renforcés dans les aliments spécifiques chez le cheval athlète afin d’améliorer sa résistance à la fatigue, réduire les douleurs articulaires, la fragilité du squelette et la laxi- té des tendons.

L’apport journalier d’énergie totale sera de 7 à 8 U.F.C. pour les trotteurs (selon l’effort) et de 8 à 9 U.F.C. pour les galopeurs. Cette quantité d’énergie tient compte d’un apport journalier de 5 kg de foin pour des chevaux sur litière de paille et de 7 à 8 kg pour des chevaux sur litière artificielle.

Les apports de M.A.D.C. seront de 550 g à 750 g au maximum par jour. Pour les chevaux de complet, l’apport énergétique sera de 8 U.F.C. pour des chevaux de 500 à 600 kg et les protéines digestibles (M.A.D.C.) de 550 à 650 g par jour. Les quantités de foin sont définies sur les mêmes bases que pour le galop et le trot. Les rations doivent tenir compte du programme global d’entraînement et ne doivent pas être adaptées seulement quelques jours avant, ce qui n’aurait aucun bénéfice vis-à-vis des résultats attendus.

Plusieurs marques d’aliments spécialisés proposent également des produits enrichis en probiotiques, préparations fermentées, levures et argiles. Ils permettent de réguler le transit digestif de la flore intestinale, de stimuler l’immunité intestinale et générale et de s’opposer au développement d’une flore nocive (pathogène). Ces produits concernent les différentes disciplines sportives, mais sont aussi adaptés aux divers stades physiologiques des chevaux (croissance, gestation, lactation).

Si la phytothérapie peut être utile, il est cependant nécessaire de vérifier que certaines plantes ne provoquent pas d’interactions néfastes ou puisse être classé comme substances dopantes.

Dans tous les cas, pour les chevaux athlètes, il est essentiel de ne pas distribuer d’aliment 3 à 4 heures avant une course, mais une petite quantité de foin doit être laissée à leur disposition pour que l’appareil digestif continue de fonctionner.

Un grand principe de la nutrition est que tout n’est qu’une “histoire d’équilibre”. Consulter un vétérinaire et un technicien en nutrition peut éviter des ennuis de santé pour les chevaux et bien des dépenses inutiles.

 Pour en savoir plus : Performance du cheval de compétition

 

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